La première fois que je pense avoir été confronté à ce genre d’idéologie assez triste, je crois que c’est lorsque la collection « Manga Mania » a fait son apparition en kiosque. Vous savez, ces VHS qui sortaient tous les 15 jours avec à chaque fois une nouvelle OAV ou film d’un Animé. Parfois même on se retrouvait avec les premiers épisodes, sans jamais avoir la suite. La seule solution était alors d’acheter le reste de la série dans des boutiques spécialisées à un prix… un peu plus élevé. Mais ce n’est pas pour vous remémorer ces vieux souvenirs que je vous en parle. Mais plutôt mettre l’accent sur le titre de la collection et sur son slogan qui était balancé par une voix rauque : « Manga Mania, la passion du manga ». Et nous y voila donc ! Déjà à l’époque, je trouvais cette appellation ultra réductrice. La manga mania ? C’est censé être quoi au juste ? Le manga n’est qu’un phénomène de mode ? Comment interpréter une appellation aussi vague ? Et en dehors de ça, je ne comprenais pas pourquoi la collection avait un nom aussi ridicule. Replaçons les choses dans leur contexte, cette collection en kiosque était dans la même veine que tous les trucs des éditions Atlas, Altaya, ou des éditeurs de DVD qui font des collections sur un acteur ou un réalisateur. Mais aucune de ces collections n’ont des noms aussi grand guignol. On n’achète pas un truc qui s’appelle « Tour de France Power ! » ou « Camions de pompiers roxxors », alors pourquoi Manga Mania ? Collection Manga aurait été plus élégant et aurait sonné moins pignouf. Probablement parce qu’à l’époque on considérait que le manga c’était un truc pour les jeunes un peu décérébré et qu’ils leur faillait du tape à l’œil, du punchy, du cool quoi. D’ailleurs c’était assez évocateur étant donné que cette collection « Manga », vendait des Animés et pas des bouquins en papier. Mais encore je ne râlerai pas là-dessus, à l’époque l’amalgame n’était pas courant, il était systématique. C’était une autre époque et le terme manga était ce qu’il y avait de plus évocateur pour tout le monde.
Ci dessus, la bande-annonce de la collection qui met finalement très en avant les clichés véhiculés par la Japanime.
Il y avait aussi ce slogan « La passion du Manga », qui me paraissait avoir un peu trop généraliste, j’y reviendrai d’ailleurs plus bas sur d’autres exemples. Mais au final, c’était exactement ça « Manga Mania » : une collection bien trop généraliste à la thématique fatraque. Car sous la bannière manga, on a eu de tout et de n’importe quoi : de la science-fiction, du mecha ; de la romance ; de l’horreur ; de la baston ; des classiques (les mecs avaient Akira et Honnéamise)… Tout ça tous les 15 jours, dans un bordel éditorial total, sans savoir vraiment ce qu’on allait regarder ce coup ci. C’est comme si on faisait une collection appelée « Livre Mania », c’est bien trop vaste. On peut effectivement penser que la diversité des genres était une bonne chose, mais je ne pense pas que le but premier était de nous faire découvrir la pluralité et la richesse du média (sinon, autant appeler la collection « Découverte »), je pense juste que c’était l’éditeur « Manga » (eh ouais ! lui !) qui recyclait son catalogue. Il n’y avait aucune intention de faire porter un regard neuf sur la Japanime-qui souffrait d’une image négative à l’époque-autant aux détracteurs, qu’aux jeunes Otakus balbutiants qui n’avaient que les séries du Club Do’ comme référence. Le but était simplement de faire du fric rapidement sur le « phénomène manga », qui je vous le rappelle à ce moment, n’était pas considéré comme fait pour durer.
Mais je l’ai dit, c’était une autre époque et le temps a démontré que le « phénomène manga » n’en était pas un et que ce nouveau média culturel était là pour longtemps. Mais alors dans ce cas, pourquoi en parle t’on encore que comme un phénomène ?
A suivre...

