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« J’adore les Mangas » (3/3)

Acte 3 : J’adore les mangas

dimanche 8 février 2009

Là encore, je ne vais pas écrire un essai sur « pourquoi je n’aime pas la communauté manga », mais plutôt des tics de langages qu’on retrouve chez certains Otaku tout comme chez le lecteur moyen de manga, bref chez un peu tout le monde. Tous ceux la, dans leur façon de nommer et de parler de leur passion s’avère pousser à une dégradation et à une ridiculisation du Manga.

Je commence bien sur avec la célèbre phrase qu’on peut lire sur des millions de Blogs, Forums et autres fiche profil : « J’aime les mangas », qu’on peut substituer par « je kiff ; j’adore ; je suis fan » etc… Et peut-être que cela ne vous a jamais choqué au final, vous trouvez cette phrase parfaitement normale et ne s’avère être que l’expression d’un sentiment. Et pourtant un petit cours de Français s’impose : dans la langue Française, on ne fait jamais référence à un Art en le nommant au pluriel. Vous aimez les mangas ? Moi j’aime les spaghettis Bolognaise, car voila sur l’échelle de valeurs sur laquelle vous vous basez en disant « aimer les mangas ». On aime le Cinéma, la Littérature ; le Théâtre ; la Musique ; la Bande-dessinée et le Manga. En faire autrement ce n’est pas prendre au sérieux le média manga. Sans doute on pourrait se dire que ce n’est que du chipotage de langage, je pourrai répondre sarcastiquement que des gens qui sont autant pointilleux sur des termes Japonais pourraient l’être un peu plus sur leur propre langue. D’autant que pensez à la conséquence ne serait-ce que dans une conversation, on donne alors à l’interlocuteur le sentiment de ne pas prendre très au sérieux sa propre passion. Parler du Manga au pluriel c’est soi-même ne pas le considérer comme un Art et c’est donc adopter exactement la posture que se fait l’opinion générale du Manga : c’est un loisir, c’est un phénomène, ce n’est pas très sérieux. C’est continuer de parler du Manga de façon enfantine, or nous ne sommes plus un lectorat d’enfants. Le Manga est un Art, ça n’a rien à voir avec une collection de Timbres ou de modèles réduits de voitures.

Du coup, j’ai du mal à concevoir cette notion d’aimer les mangas au sens pluriel du terme également. En lisant ça, on a l’impression que la personne nous dit aimer tous les mangas quel qu’ils soient. Or c’est ridicule et c’est faux. Ce même lecteur pourrait se défendre en disant que dans le Manga, il y en a pour tous les gouts, car il y a tout type de récit et que lui, il aime un peu de tout. Tantôt il lira un manga de sport, tantôt une romance. Donc oui, selon son raisonnement, il aime LES mangas dans leurs pluralités. Eh bien figurez-vous que c’est là que je pense qu’il manque des analyses de récit dans le média Manga. Non, un lecteur de manga n’aime pas tout c’est absolument faux. Et cette fameuse pluralité dans ses gouts n’est finalement pas concrète. C’est pour cela qu’il existe des codes narratifs et que les mangas sont classés par d’autres genres que les nôtres : Shonen ; Seinen ; Shojo ; Yaoï ; Hentaï pour ne citer que les plus célèbres. Prenons un exemple Shonen pour être parlant : Bleach, Dragon Ball, One Piece, Naruto. Pris à plat, avec une culture Française, ces séries sont de genres totalement différents. Et pourtant, tout le monde s’acquiesce à dire que ces titres sont très familiers et ont énormément de points communs. Parce-que le manga n’est pas qu’une question de genre, c’est aussi une question de codes. Il y a donc une double lecture qu’il est importante de faire dans le manga : la lecture que nous en faisons en tant qu’occidentaux (très attachée au genre) et la lecture en tenant compte des codes narratifs Japonais. « Kenshin » est un manga de Samouraïs, il n’a pourtant que très peu de rapports avec un « Vagabond ». Donc non, cette belle idée qu’ont les lecteurs de mangas qu’ils lisent de tous les genres, et qu’ils sont donc très ouverts, est absolument fausse. Ils aiment certains codes et lisent des mangas qui empruntent beaucoup de ces codes, la thématique abordée étant finalement secondaire dans le manga.

Ces mêmes lecteurs qui m’ont souvent parlé de leur lassitude à propos du Manga de temps en temps. Un autre phénomène que j’ai du mal comprendre. Comment arriver à en avoir marre de « lire des mangas ». Personne ne parle de lassitude à propos de la Musique ou de la Littérature. Alors pourquoi on se lasserait de lire du manga avec le temps ? Pourquoi on aurait peur à l’avenir de ne plus aimer ça ? J’ai pas mal réfléchi au problème et je pense qu’il en vient d’un problème d’éducation qui finalement, rebondit sur la vision profonde du Manga par ses lecteurs. Pour ma part je pense que quelqu’un qui dit s’être lassé à une période du manga ou qui pense qu’il va s’en lasser, ne voit pas le manga comme un Art mais comme un simple loisir, ou plus vulgairement : un produit de consommation. Je pousserai même à dire que d’un point de vue purement Artistique, ce lecteur n’a pas de considération pour le manga. Il n’aime pas le manga en tant qu’Art. Je parlais d’abord de problème d’éducation, pourquoi ? Parce qu’on nous a fait aimer ça comme un produit de consommation. Et à force de vouloir créer artificiellement un phénomène et une communauté Manga, le lectorat d’époque a alors pensé qu’il n’y avait qu’un seul degré d’appréciation du manga, c’est-à-dire à l’extrême. Il faut bien penser le Manga en tant qu’Art pour comprendre mon propos : lire une quantité gargantuesque de mangas et cela pendant de longues années… il faut être un vrai passionné pour pouvoir le supporter. Sauf que c’est difficile de définir qui est un véritable passionné dans le Manga et la Japanime, car presque tous se définissent comme tel (en tout cas beaucoup trop pour qu’ils disent tous vrai). A force de penser qu’il faut forcément s’y plonger corps et âme pour pouvoir apprécier « les mangas » il est arrivé ce qui devait arriver : le simple amateur se lasse et se détache du média, donnant une drôle d’impression aux autres : le manga on peut s’en lasser. Et le problème, c’est que l’on a fait croire à cet amateur que c’était un expert, justifié par le fait qu’il en avait beaucoup lu. Attention, je ne parle pas de la légitimité de chacun à émettre son opinion, mais de la problématique à définir le vrai passionné. Au final, je pense que beaucoup apprécient le manga comme ils apprécient un film, soit avec deux seuls jugements possible : « j’ai aimé » ou « j’ai pas aimé ». C’est assez réducteur, mais c’est en fait une façon très modeste d’émettre un point de vue sur une œuvre. On se contente de se baser sur son sentiment personnel. Et en général, ces gens n’ont pas la même approche que le passionné et consomme le média dans des proportions très modestes. Or le lecteur de manga va prendre son avis modeste pour une réflexion mûrement réfléchie d’expert.

Pour prendre un exemple plus parlant : j’aime bien la peinture, mais dans de petites proportions. Ce qui fait que je vais rarement à des expositions et au delà de mes propres gouts, je ne m’intéresse pas vraiment au reste. Je ne suis pas passionné, j’apprécie juste. Eh bien dans le Manga c’est pareil, il y a une multitude de gens qui ne devrait lire ça que pour le plaisir, en restant dans des sentiers connus. Sauf que voila, on a fait d’eux des Otakus, des fans de mangas ou de Japanime ou quel autre titre je ne sais encore… Alors ils consomment à haute dose un média qui finalement les intéresse proportionnellement autant que les autres. Sauf que voila, ce sont eux qui sont catégorisés comme les fans, le noyau dur, les Otakus. Mais malheureusement ces gens ne peuvent pas élever le débat plus haut que leurs propre opinion, ce qui fait que le Manga est encore aujourd’hui n’est pas considéré à sa juste valeur.

Final : Et vous ? Aimez-vous le Manga ?

Je suppose que nombreuses personnes vont trouver ce texte critique et extrêmement prétentieux. Il l’est dans une certaine mesure. Ceux qui sont déjà passés ici le savent : je ne me réjouis pas de l’image du Manga et de la communauté que nous avons aujourd’hui. A mon sens le plus dur a été fait (l’acceptation), il faut maintenant passer à l’autre étape (la reconnaissance). Or c’est aux fans de Manga d’élever le débat, d’éduquer le lecteur réfractaire et d’imposer un véritable travail éditorial. Hélas je pense que la communauté Manga actuelle n’est pas capable de le faire et reste bien trop statique. Je pourrai vous expliquer plus en détail ma vision sur cette communauté et pourquoi je pense qu’il faut la redéfinir. Mais ce n’est pas ce que je veux faire ici. Car la, ce que je demande, c’est que les gens se posent un peu plus la question : « Quel lecteur de manga êtes-vous ? ». Est-ce que vous aimez ça parce que c’est un Art qui vous passionne, ou juste pour le plaisir qu’il vous procure ? Est-ce que vous avez des avis nuancés, que vous pouvez tomber amoureux d’une œuvre juste pour quelques aspects et la défendre ? Ou ne fonctionnez vous qu’avec un avis binôme « J’aime/j’aime pas » ? Bref je pourrai simplifier la question : vous aimez le Manga ou les mangas ? Car même si ça à l’air de se ressembler, je pense qu’il s’agit d’une attitude radicalement différente. Il est temps de la faire cette différence. La première étape pour parler d’un Art, c’est de bien définir son propre rapport avec l’Art en question.

Moi j’aime le Manga, et vous ?


P.-S.

Alors un petit mot sur cette partie. A la base, quand j’ai commencé à écrire mon texte, c’était juste dans le but de parler de ces tics de langage qui m’énervent, mais de façon largement plus modeste. Et puis comme d’habitude, quand j’ai fini c’était carrément plus long et ça reliait d’autres propos. Du coup Nemo m’a proposé de le scinder en trois. Si j’admets que c’est surement plus digeste pour la lecture, je me suis demandé si ça allait pas trop mettre en avant un texte écrit juste comme ça. Le couper faisait un peu sale teasing. Il faut bien penser que j’ai pris seulement une heure pour le tout, que je me suis pas vraiment relu et que c’était simplement un désir de poser à plat mon point de vue et d’en discuter (car je suis loin de penser avancer des certitudes, il me faut encore affiner mon propos). Oui tel qu’il est, mon raisonnement comporte quelques trous et se permet des raccourcis. Je le sais, mais j’ai pas vraiment envie de reprendre tout à zero. Je veux déjà voir dans quel mesure on peut débattre du sujet. Car je ne sais vraiment pas comment tout ça va être pris.

7 Messages de forum

  • « J’adore les Mangas » (3/3)

    8 février 2009 21:24, par Aer

    Une question simple, mais une réponse ardue.

    Je n’arrive pas à m’empêcher de faire des comparaisons. En première ligne, la BD franco-belge, comme on dit. Si je compare les deux, alors non, je n’aime pas le manga. Reste à savoir si il est pertinent de faire cette comparaison, certes facile, mais pourtant un peu bizarre quand l’ont songe aux divergences entre les deux matières. En seconde ligne, je pourrais comparer avec l’animation japonaise. Là aussi, je dirais non, ma préférence allant à l’anime. Mais la aussi la comparaison est bigarré. Malgré le faite que les deux supports viennent du même pays, ils ont des systèmes totalement différents. Pourtant, j’ai des mangas chez moi, j’en ai lu, pas forcément beaucoup (comparativement au reste), mais je les ai apprécié.

    En sortant des comparaisons, qu’est ce qui pourrait amener à apprécier le manga ?

    - Les dessins. En lignes simples, avec parfois de notables recherches, en noir et blanc « brut ».
    - Le scénario. Quelque chose d’universel je trouve. J’ai rarement l’occasion de me dire « tient, ce scénario est typiquement manga ».
    - Les personnages. Surement la plus grosse divergence entre le support japonais et l’occidental. Pas vraiment au niveau de la représentation, mais dans leur manière d’être, avec une pensée et une ligne de conduite différente de la notre. « Pourquoi réagit il comme ca ? Quels raisons le poussent ? Quelle éducation ? »
    - La mise en scène. Plus poussée que le scénario, c’est souvent elle qui amène le lecteur à s’intéresser à l’œuvre. La manière d’aborder les rapports, les conflits. Je repense souvent à Corto Maltese d’Hugo Pratt, qui avait une mise en scène « action » très simple, presque superficielle, mais dans les rapports, les dialogues, mamamia. La manière de préparer la tension est aussi très importante, et les japonais n’ont rien à envier au reste du monde.
    - La culture. On aborde un autre monde, vu par un prisme fantasmé certes, mais totalement contraire à ce que nous connaissons. Un intérêt absolu donc.

    Conclusion ? J’ai un intérêt à en lire, j’aime le manga. Peut être moins que d’autres matières, mais cela n’enlève pas ces qualités.

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  • « J’adore les Mangas » (3/3)

    8 février 2009 22:00, par Jacut

    Superbe article, je vais me mettre aux deux premiers car j’avoue les avoir un peu zappés. Je suis d’accord quasiment en tous points avec ton raisonnement, et je voudrais bien apporter mon opinion sur le sujet, mais étant très fainéant ce soir (dimanche = seul jour de repos de la semaine chez moi :)), je commenterai peut-être plus en détail après avoir lu les deux articles en question.

    Pour ma part, j’aime l’animation japonaise (et dans une moindre mesure, le manga) et ne me considère pas comme un otaku (bien qu’ayant vu plus d’animes que 99% des gens se disant otakus...) mais plus comme un critique/connaisseur de cet art capable d’avoir un avis construit et objectif sur la qualité d’un scénario, d’une direction/mise en scène ou encore d’une animation. Mais c’est sûr que dans la communauté des fans de mangas/animes, il n’y a pas foule quand il s’agit de passer outre la simple attirance subjective pour les personnages ou la surface d’un scénario et c’est bien dommage. Mais d’un côté, c’est un peu partout la même chose non (je pense en particulier à la musique et au cinéma qui sont littéralement gangrénés par ça) ?

    Voir en ligne : http://myanimelist.net/profile/Jacut

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  • « J’adore les Mangas » (3/3)

    9 février 2009 12:23, par le gritche

    J’aime bien l’analyse linguistique et je trouve que l’auteur souligne de bonnes remarques sur la lassitude des lecteurs, ces gens étiquetés et souvent auto-proclamés otakus (il y a d’ailleurs un flottement dans l’article à ce niveau-là), ou que le nombre de lectures ne fait pas la qualité du critique. Le fond du propos m’a en revanche l’air d’être bâti sur des jugements réducteurs sur la communauté extrêmement hétérogène des lecteurs de mangas en France, et d’avis assez rigides sur la façon dont on devrait appréhender, lire et aimer le manga. Pourquoi chercher à éduquer les gens sur le Manga, l’auteur de l’article en-a-t-il eu besoin ? Non, il s’est fait tout seul, comme nous. Avec internet et un cerveau, la plupart des gens ont désormais de quoi s’émanciper d’une soi-disant imprégnation marketing du manga comme étant un phénomène à consommer sans modération. Si des gens vous regardent mal dans le bus parce que vous lisez un de ces volumes étrangement colorés, faites-vous une raison, idem avec les passionnés de metal extrême qu’on prend pour des gros bœufs immatures.

    On n’ aime pas le manga comme il le mériterait ? Intéressons-nous alors à la prépublication japonaise du manga et à cette myriade d’aspects si peu artistiques qui conditionnent grandement sa forme et ses thématiques, et en bout de course, la réception et la valeur que lui donneront les lecteurs (ne tombons pas non plus dans la cynisme de tous ces grands manitous du blog qui mettent en avant leur attitude otakiste en justifiant leurs penchants par une ironie souveraine). Je vois tous les jours des gens très intéressants sur le net aimer le manga pour des raisons simples mais tout à fait valables (comme les cite Aer, sauf que le dessin a une place capitale), même s’ils n’hésiteront pas à creuser une œuvre pour la défendre ou justifier sa médiocrité. « J’aime » ou « j’aime pas » est le leitmotiv de toute critique (plutôt qu’une lucarne réductrice), sauf à être un encyclopédiste dépassionné : c’est au critique de mobiliser son talent et ses connaissances pour mettre son inclination en arrière plan afin de mieux disserter sur une oeuvre.

    J’aimerai terminer en disant que le terme amateur« n’est pas un gros mot, surtout étymologiquement : nous le sommes en tout et il n’y a pas de quoi s’auto-flageller. Pour ma part, j’aime que les gens aiment »les mangas« avec simplicité, candeur, ou par addiction, sans s’être »encombrés" de connaissances techniques ou culturelles. Un lecteur idéal de Manga n’a pas à être passionné par cet Art (vive les majuscules) et peut être atteint de lassitude (temporaire) quel que soit son éclectisme.

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    • « J’adore les Mangas » (3/3) 9 février 2009 19:25, par Shakka

      Eh bien déjà merci pour vos réponses à tous. Comme il y aurait pas mal de choses à dire, mais que pour ma part j’ai exprimé l’essentiel, je vais me contenter de faire des précisions par rapport au dernier message.

      Je ne cherche pas à dresser le portrait robot idéal du lecteur de Manga, loin de moi cette idée (même si ils devraient tous être comme moi !! Je suis tellement génial). Mais bien au contraire, j’aimerai que le lecteur (ou spectateur de Japanime) de Manga soit moins typé qu’il l’est aujourd’hui. Cette belle diversité dont tu parles Gritche, elle existe probablement, mais elle n’a aucun lieu pour s’exprimer. Et ces gens qui s’expriment avec « candeur » ne s’expriment pas. Du moins je ne le crois pas.

      Pour ne pas trop me perdre dans mon raisonnement je vais prendre un exemple simple : moi (Parce que je suis génial). Je ne suis pas un Otaku (le cosplay m’emmerde, si ce n’est qu’on peut mater de jolies filles en tenues légères) mais j’aime beaucoup le Manga et j’en lis beaucoup. Imaginons ensuite je te brosse un portrait de mes gouts... etc. Ou-est ce que tu me conseillerai d’aller pour parler avec des gens qui ont la même façon de penser que moi ? Sur des sites des forums et blogs Otakus. Mais en dehors de ça ? Bah tu n’auras rien d’autre à me proposer. Or je suis déjà passé sur ce genre de forums, durant pas mal d’années et si je suis d’accord pour dire qu’il y a des gens très intéressants, ça reste un travail de cas par cas pour moi. Dans l’ensemble je ne suis pas à l’aise dans un milieu 100% otaku et du coup, aller discuter dans ce genre d’endroits ne me correspond pas (au final, je m’engueule souvent). Il y a quand même une façon de penser dans le milieu Otaku. je ne la critique pas, elle est intéressante sur nombreux aspects. Mais le problème c’est qu’elle est un peu la seule.

      Je reprend ton exemple de musique : le fan de Metal hardcore qu’on prendra pour un abruti. Il le sera parce qu’il écoute du Metal hardcore. Mais tu admettra que là, nous sommes déjà dans un genre bien précis musical. On ne lui reproche pas d’écouter de la musique en général. C’est donc une attaque à un style, à des groupes précis, à une attitude, à un look. Et que cette critique soit légitime ou pas, elle s’appuie déjà sur quelque chose de plus clair. Parce-qu’en face, celui qui critiquera aura ses propres gouts musicaux également. Le lecteur de manga c’est pas du tout la même chose. Tu peux sortir du Tezuka ou Naruto, même saloperie pour la personne en face de toi. Tous dans le même panier, les gens ne font pas de distinction. La musique est tellement dans les mœurs de tout le monde, que tout le monde a une vision et des arguments. Et pour se retrouver c’est très simple. Il y a tellement de genre et de sous-genres à un point que c’en est devenu ridicule. MAIS ! C’est possible dans la musique, pas dans le manga. Tu peux trouver des sites sur la musique selon le genre, selon la tranche d’âge ; selon les périodes musicales... Tu peux très facilement trouver des gens qui ont une approche de la Musique proche de la tienne. Pour le Manga, si tu dis « J’aime les Seinen » bah t’es un Otaku ; « J’adore les séries de mecha » t’es un otaku ; « mon truc c’est la période des années 80 » aaaaah toi t’es un otaku.

      La presse est également un bon reflet de cette fichue bannière « Manga » qui empêche finalement la diversité. Prenons le Cinéma en exemple pour le coup. Mad Movies ; l’écran Fantastique, Studio ; Ciné Live (avant leurs fusion avec Studio) ; les cahiers du Cinéma ; Positif... Tous traitent de Cinéma finalement, mais tous avec une mentalité bien distincte et avec un lectorat différent. Mad Movies c’est l’horreur et le fantastique ; Studio s’attache aux acteurs ; Ciné Live vise un public jeune ; les Cahiers du Cinéma l’intellectualise... Le Manga et la Japanime, c’est quelques journaux, tous monstrueusement généraliste et donc avec un traitement un peu fatraque (et souvent enfantin).

      Alors oui c’est bien qu’en certains endroits le lecteur lambda puisse parler avec le passionné... Mais déjà ce serait bien qu’il n’y ai pas que ça et en plus, je me demande si finalement, cette idée de « on se parle tous ! C’est super ! » n’est pas un peu fantasmé. Comme je le disais, la communauté est tellement conditionné à un niveau hardcore, que pour parler sur un forum quand tu t’y connais peu il faut s’accrocher : une complexification insensée du langage, polluée par une quantité inutile de termes Japonais. Il faut déjà avoir un lexique phénoménale pour pouvoir parler de manga sur la toile. Du coup, des personnes avec des avis peu intéressants se voient mieux considérés que le simple lecteur, parce que de base il « parle la même langue ». Ce qui est le fond dans mon propos quand je cite le simple lecteur qui est mis au niveau d’expert. Et cela abouti à quoi ? A ce que nombreux éditeurs ne traduisent même plus certains termes dans les bouquins. Je pense à Pika : si au début, pour certaines choses culturelles (lieu ou nourriture), je trouvais intéressant de laisser les noms Japonais, je suis aberré qu’on se retrouve avec des « One saaaan » dans les dialogues. Deux pages de lexique pour comprendre un Manga... de quoi clairement le rendre encore moins accessible. Et qui a fait que maintenant les éditeurs se permettent ce genre de facilités selon vous ?

      On s’est formé nous même c’est exact. Mais en ce qui me concerne, je ne trouve pas le résultat satisfaisant. Je pense que cette idée de « communauté diversifiée » est une chimère totale. Si il y a effectivement tout type de lecteurs, il n’y en a qu’un seul qui s’exprime.

      Enfin pour conclure, je dirai que je peux discuter avec quelqu’un qui me dira « j’adore le Cinéma » et je compredrai sans qu’il le mette au pluriel, quel genre de spectateur il est. La différence est qu’en le disant au singulier, inconsciemment il affiche plus de respect. C’est ce que j’aimerai avec le Manga.

      PS : et en ce qui concerne le Japon... ça m’indiffère. On n’a pas de prépublication et on n’est pas Japonais. Si ils n’ont pas de considération pour leurs œuvres, ce n’est pas mon problème. Il faut vraiment cesser de les prendre en référence. Tenter de mimer l’Otaku Japonais était déjà une belle connerie.

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      • J’adore écrire des pavés (mais pas les lire) 10 février 2009 16:30, par le gritche

        « Ou-est ce que tu me conseillerai d’aller pour parler avec des gens qui ont la même façon de penser que moi ? Sur des sites des forums et blogs Otakus. Mais en dehors de ça ? Bah tu n’auras rien d’autre à me proposer. Or je suis déjà passé sur ce genre de forums, durant pas mal d’années et si je suis d’accord pour dire qu’il y a des gens très intéressants, ça reste un travail de cas par cas pour moi. »

        Je ne suis pas un arpenteur du net, mais j’ai l’intuition que les forums où le ton de parole est le plus libre ne sont pas ceux dont le sujet principal est le manga ou la culture japonaise, mais des forums aux centres d’intérêts périphériques voire lointains, où les gens qui évoquent leur passion ont un recul important et ne font pas dans la sacralisation, même s’il faut s’attendre à des énormités dans leur jugement.

        « Je reprend ton exemple de musique : le fan de Metal hardcore qu’on prendra pour un abruti. Il le sera parce qu’il écoute du Metal hardcore. Mais tu admettra que là, nous sommes déjà dans un genre bien précis musical. On ne lui reproche pas d’écouter de la musique en général. C’est donc une attaque à un style, à des groupes précis, à une attitude, à un look. Et que cette critique soit légitime ou pas, elle s’appuie déjà sur quelque chose de plus clair. Parce-qu’en face, celui qui critiquera aura ses propres goûts musicaux également. Le lecteur de manga c’est pas du tout la même chose. »

        Je pense pourtant avoir tapé juste avec cet exemple. Déjà mon appellation de « metal extrême » ne voulait pas dire grande chose : la preuve, tu as choisi celle de « metal hardcore » pour en parler, or ce n’est qu’une catégorie de celui-ci, très différente du black metal ou du doom par exemple, sans parler de tous les groupes difficilement classables, pratiquant un metal riche, mais trop burné pour être aisément accessible. Bref, je peux t’assurer que les metalleux de différends horizons peuvent ressentir le même isolement concernant leur goût que celui dont tu parles, et ne va pas croire que les gens qui les critiquent ou les méprisent ont une meilleure idée de cette musique que les autres en ont du manga, c’est faux. Il est en effet très facile d’écouter un morceau de brutal death (l’étiquette peut prêter au rire du néophyte, mais la nécessité de genres et sous-genres est un autre débat passionnant) pour décréter que l’on aime pas, que ça ne vaut pas grand chose. Éduquer son oreille à un certain style de metal et en découvrir la richesse peut demander pas mal d’efforts et de temps, mais quelle récompense quand on y arrive ! Il y a du metal racé et complexe, du bourrin primaire (qu’on aurait tellement tort de critiquer pour cela) et tout un monde entre les deux. Idem avec ce que tu dis du manga : il y a des séries en masse traînant leurs brouettes d’archétypes, et des one shot affreux mais tellement...hum artistiques (je plaisante mais y a du vrai).

        Bon, je reconnais que les choses s’arrangent pour le metal depuis plusieurs années et que des genres comme le heavy, speed, pop rock/metal connaissent une grande popularité, ce qui est un bon remède aux clichés, et je crois que le manga est lu et estimé par un public de plus en plus vaste (genre une dame âgée dans une bibliothèque prenant d’emblée un one shot nommé « japon », surement parce que le bouquin fait sérieux. Remarquons que les bibliothèques ne cèdent pas qu’aux gouts de la masse et commandent pas mal de trucs méconnus et one shot : doit-on y voir à l’oeuvre le cliché du « one shot qui est forcément mieux que ces shonen à 50 volumes » ? Tant de questions insolubles, ouin !)

        « Je pense à Pika : si au début, pour certaines choses culturelles (lieu ou nourriture), je trouvais intéressant de laisser les noms Japonais, je suis aberré qu’on se retrouve avec des »One saaaan« dans les dialogues. »

        J’ai été étonné d’en trouver dans la vieille édition « j’ai lu » de jojo bizarre adventure, qui publiait en plus le manga dans le sens original ! A cette époque, je ne pense pas que les traducteurs voulaient satisfaire ce genre d’otaku mais ne savaient pas traduire correctement ce genre de subtilité, même si je ne trouve pas ça désagréable. Au demeurant, tu as du voir les vidéos youtube du type ventant la fin prochaine du fansub, notamment pour cette raison d’élitisme du langage. Une bonne partie de son argumentation est discutable (il n’a pas pris à mon sens la mesure du bouleversement d’internet dans l’accès au la culture japonaise), autre débat passionnant.

        « PS : et en ce qui concerne le Japon... ça m’indiffère. On n’a pas de prépublication et on n’est pas Japonais. Si ils n’ont pas de considération pour leurs œuvres, ce n’est pas mon problème. Il faut vraiment cesser de les prendre en référence. Tenter de mimer l’Otaku Japonais était déjà une belle connerie. »

        Je suis bien d’accord, je voulais seulement dire que les mangas viennent de quelque part, et qu’on en retrouve sûrement un écho dans la réception qu’ils ont chez nous. On peut très bien considérer une œuvre en temps qu’objet autonome excluant même son créateur, mais l’approche a ses limites.

        Quant à tes opinions sur l’otaku et les geek, j’attends qu’un blogueur courageux face enfin l’article choc sur tout ce merdier, pour désacraliser ces figures de nolife géniaux, parler du fric (parce que ça rime décidément avec geek) au cœur de tout ça, des gens qui s’auto-persuadent d’aimer uniquement la j-pop, les bishounen, les figurines, avec une flexibilité d’esprit faisant honneur à la « double pensée » du roman 1984.

        Je ne suis pas non plus optimiste mais je m’oblige à la prudence. Prenons ton analyse linguistique : je parie qu’un bon pourcentage des gens qui « aiment les mangas » formuleraient leur opinion sous un jour plus subtil si on pouvait les questionner. J’ai sûrement du affirmer plusieurs fois aimer « les mangas » par commodité, l’alternative « j’aime certains mangas » me paraisant un peu lourde, et celle de « j’aime le Manga », un peu obscure et repliée sur soi.

        Bon il est l’heure d’aller goûter, bye ! Désolé pour toutes ces palabres : tu ne pourrais poster de sujets comme « mes animes que j’ai vu de la semaine » ?! Elitiste ;)

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  • « J’adore les Mangas » (3/3)

    9 février 2009 21:29, par Corti

    J’ai toujours du mal à cette volonté d’ériger un truc de masse en art. C’est pas nouveau, j’ai la même position sur les jeux vidéos. Et l’exemple le plus récent que j’ai sous les yeux, c’est le cas de la télé qui a été élevée au rang de huitième art ou je ne sais plus quoi.

    Pour moi, ce qui est lié à l’art, c’est à la base un support qui lui est vraiment dédié dans un milieu assez segmentarisé. Certes, il peut y avoir des croisements (genre une peinture qui représente une statue), mais la classification reste simple. Or le manga bouffe à tous les râteliers et surtout des râteliers déjà existants (support livresque et télévisuel principalement). Mais bon, ça reste un point de vue que je comprends qu’il ne soit pas partagé.

    Par contre, à la base, le manga, tout comme les jeux vidéos est un produit d’amusement et pire, de mass-consommation. Ou alors, on considère que c’est un art de faire vendre tant de papier et de bobines et ou de DVD.

    Or ce qu’on appelle art en général est quand même lié à un mode élitiste et éclectique qui s’est épanoui dans le grand public. De mes connaissances en la matière, le passé du manga ne me paraît pas trop correspondre à ce schéma. La notion d’art englobe à mes yeux quelque chose qui a fait ses preuves, que ce soit au niveau artistique et/ou scénaristique. Le manga est bien loin d’avoir fourni des preuves suffisantes dans ce domaine. Il y a des choses artistiques certes, mais de là, à vouloir propulser le manga en art, euh non.

    Bref pour moi, c’est juste une histoire de passif. C’est pour ça que je ne considère pas la télévision comme un art. Et dans les deux cas, je m’en accomode très bien (trois, si je compte les jeux vidéos). Il n’y a pas cette originalité, un support communiquant qui permet de lui dire que c’est de l’art.

    Ou alors, c’est juste un sous-genre de l’art de faire de la BD. Ca peut satisfaire, mais à mes yeux, ça compte pour de la latérite. C’est pas assez élitiste à mon goût sans doute.

    Yeah, mon texte fait paradoxal, mais j’arrive pas à mieux exprimer mon opinion sur le sujet.

    Voir en ligne : http://puceau.corti.overblog.com

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    • « J’adore les Mangas » (3/3) 9 février 2009 23:34, par Shakka

      Je crois Corti que tu te trompes de débat. On n’est pas en train de débattre de la légitimité du manga à devenir un art. Le Manga c’est un art.

      Un art n’est pas défini par son mode consommation, mais par ses œuvres (aspect que tu as totalement oublié dans ton message. Baaaah oui ça m’embête un peu). L’art a toujours eu un rapport étroit avec la consommation : la peinture de commande comme les portraits ou les fresques ; les auteurs de romans payés à la ligne ; les mécènes qui « sponsorisaient » les auteurs/peintres/sculpteurs/compositeurs pour qu’ils puissent vivre. C’est pour cela que l’on ne s’intéresse pas a l’intention de l’auteur, uniquement à l’œuvre elle-même. Oui le manga est fait pour être consommé, comme toutes les œuvres en tout temps. Faire de l’art pour l’art, c’est un fantasme. D’ailleurs on ne s’auto-proclame pas artiste, de ce fait on ne peut pas concevoir de l’art comme on fabrique une chaise (« tiens aujourd’hui je vais faire un chef d’œuvre ! »).

      La télévision n’est pas considéré comme un art en tant que tel. Il est du genre de ce qu’on appelle l’art de prestation (avec les happening, le théâtre et la photographie). Je ne m’y connais pas trop dans ces domaines, donc je ne peux pas te dire de quoi il en retourne exactement. Mais disons que la télévision est un support pour faire l’art de la prestation. Je n’ai jamais lu ni entendu qu’on qualifiait la télévision comme art en tant que tel (ça n’a pas de sens puisque c’est avant tout un diffuseur). En tout cas, le rapprochement que tu fais avec le manga me parait casse-gueule.

      Et enfin : La bande-dessinée est reconnu comme un art (le 9ème très exactement), donc par extension le manga également. Le manga c’est de la Bande-dessinée mais d’origine Japonaise, c’est tout. Et la BD, c’est de l’art. C’est comme si tu disais que la Littérature c’était de l’art, sauf quand ça vient de Russie (nan eux ils font des livres) ! Donc en fait pour être mega pragmatique de la mort qui tue : je ne suis pas la pour débattre « est-ce que c’est un art ou pas ? ». Car ce n’est même plus une question, c’est un fait. Après que tu ne sois pas d’accord... bah si ça t’amuses. Moi je m’en fous hein. Sauf que je vais pas en débattre avec toi. Parce que pour moi, la question ne se pose plus.

      Voili voilou.

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