Quoiqu’on pense d’elle, la Japan Expo est la plus grande convention otaku à la française et il y a peu de chance que cela s’arrête tant chaque année ses organisateurs jouent les Mr Plus. S’étalant cette année sur plus de jours (4 au lieu 3), plus de place et accueillant plus d’événements, la Japan Expo 2008 fut l’occasion pour nous 3 de se retrouver.
L’article que vous avez sous les yeux est donc long puisqu’il contient nos 3 points de vue.
Chacun avait ses propres motivations pour venir.
Shakka :
« C’est accompagné, comme l’an passé, de Perf et de Nemo, que je me suis rendu au péril de ma vie dans cette convention remplie d’Otakus (joie intrinsèque qui me pénètre).
L’an dernier quand j’y suis allé, je n’ai pas pu m’empêcher d’être grandement impressionné par le salon. Il faut dire je n’y avais pas remis les pieds depuis 4 ans. Du coup ça avait carrément changé : c’était super grand, il y avait des invités prestigieux et c’était blindé de monde. Du coup j’en ai gardé un fort bon souvenir et c’est donc naturellement que lorsqu’on m’a proposé de remettre le couvert, j’ai accepté. La fine équipe était réunie pour une nouvelle Japan Expo. Le 9eme Impact pouvait alors commencer et je crois qu’aucun de nous ne s’attendait au spectacle auquel nous avons assisté. »
Perfectman :
« Je ne sais pas si vous le savez, ceux qui me connaissent pourront en tout cas vous renseigner à ce sujet, mais on ne peut pas vraiment dire que je sois très intéressé par l’animation, les mangas et autres médias typiquement japonais. Non pas que je trouve ça moins intelligent que les autres vecteurs de culture (je laisse ces arguments aux cuistres), mais disons que j’en lis occasionnellement et ça ne suffit pas pour me coller l’étiquette d’otaku. On pourra dire ce que l’on veut, mais bien que Japan Expo se targue d’être une conversation ouverte, c’est encore un peu trop élitiste pour les noobs de mon genre…
On ne s’étonnera donc pas qu’à Japan Expo, qu’il y ait des exclus (ou pas), comme dirait Chirac ça m’en secoue une sans toucher l’autre. J’y vais surtout par curiosité ; il se passe une foule de chose dans cette grande superficie où s’étalent de multiples stands, et c’est l’occasion de repartir avec des étoiles plein les yeux et de faire les achats qui permettront de subvenir une année durant pour le provincial campagnard que je suis. J’ajouterai deux autres raisons : la première est parce que généralement c’est un bon moyen de revoir des amis, Japan Expo sert donc plus de QG qu’autre chose, et puis parce que ça me fait un bon prétexte pour monter à la capitale. »
Nemo : « Pour ma part, Japan Expo est une gigantesque excuse. Excuse pour consommer étant radin de nature, excuse pour monter à la capitale et fuir (un peu) la campagne, excuse pour retrouver des gens que j’apprécie.
Il s’agit aussi de trouver des nouveautés directement à portée de main, le net me rebutant pour ce genre d’achat généralement. En plus une conférence Sadamoto était prévue cette année ! ».
Vous l’avez compris, nous avions tous les trois des attentes différentes. Et pour tous, ce fut la grosse déception !
Shakka : « Mais par ou commencer maintenant que j’ai déjà balancé la conclusion à votre visage marqué par la terreur ? On va dire par le début, histoire de retrouver une certaine « cohésion dans la pièce » ».
Et le début était pourtant plutôt positif !
Shakka : « A l’arrivée ça commençait pas mal. La convention se passait au même endroit que l’année précédente, en ayant quand même loué un peu plus d’espace encore et s’étalant sur un jour supplémentaire. Bref c’était le vieux principe du « bigger, longer and uncut ». On était donc en terrain connu à priori. Des pubs ciblés spécial pour toi lecteur de manga, une queue toujours aussi mal gérée ou on pouvait se doubler peinard… On dira que certaines choses ne changent pas. »
Nemo : « Il convient de reconnaître le talent des organisateurs pour la gestion globale du festival. Même si on ne connait pas encore les chiffres de fréquentation pour cette année (81000 visiteurs en 2007 selon Wikipedia) et de ce que l’on a pu voir, l’organisation du festival était relativement bonne. Les conférences, point faible de l’an dernier, étaient désormais largement plus audibles. Reste toutefois un bémol personnel, l’amphithéâtre où nous n’avons absolument rien compris à ce qui se tramait. D’une part la pièce ne semblait pas disposer de chaises (! !) et de plus après avoir réussi à entrer les visiteurs était parqués très loin de la scène dans un beau bordel. Reste aussi à souligner les très bonnes indications générales à l’intérieur du salon et un plan/planning très clair. Bref, cette édition de Japan Expo ne peut être prise en défaut de ce côté-là. »
Mais très rapidement, LA grosse déception de ce festival saute aux yeux : l’absence totale de nouveauté !
Nemo : « De retour dans le RER, je surprends une conversation S’adressant à son collègue, un jeune homme dit « On avait déjà tout vu, on connaissait déjà tout quoi ! ». C’est exactement cela.
Cette édition de Japan Expo était mauvaise en soi car l’absence totale de « scoop » rendait le tout d’une banalité assez effroyable. Un détour chez Anima ? Pas de saison 2 de Dokuro Chan en vente. Chez Pika ? Bah rien non plus ! Kaze ? La box d’Haruhi avec le DVD déjà en vente depuis plusieurs jours. Reste évidemment Manga Distribution dont on prend toujours au moins un coffret en convention. Mais bon sang que c’était triste tout ça !
D’autant que cette sensation que les stands officiels ont été pris de court ne concerne pas que les mangas et les animes mais aussi les jeux vidéos. Salon à part mais inclus dans la Japan Expo, la partie jeu vidéo était là aussi du déjà vu. Ninja Gaiden II pour Microsoft, les Lapins Cretins pour Ubi soft et c’était à peu prêt la même chose pour tous les éditeurs.
Japan Expo qui souffre des effets d’Internet ou stands officiels fainéant, je ne saurais dire mais en tout cas le constat comme moi même est amer. »
Shakka va même plus loin.
Shakka :
« La plus grosse tare de ce salon s’avère être encore la même d’année en année : l’activité principale du truc consiste à consommer. Alors je veux bien croire que le Manga et la Japanime sont des produits de consommation en masse. Mais il s’agit également d’un Art, populaire peut-être mais malgré tout un Art. Du coup cette philosophie « marché de la saucisse » continue de me chagriner et je vois que la mentalité n’a pas changé. D’ailleurs le pire c’est sans doute que les Otakus eux même se contentent d’un alignement de stands où la seule chose à faire est d’acheter. »
D’où un raisonnement par l’absurde. Si on accepte le principe, pourquoi ne pas proposer alors de nouveautés ?
Shakka : « Rentrons dans le jeu et consommons ! Après tout, je m’en doutais un peu, alors j’avais prévu un petit budget pour l’événement. Mais c’est la ou le foutage de gueule se fait plus puissant encore : Les exclus c’est dans ton cul !
Alors que généralement la Japan est connue pour assurer un minimum d’articles au top de l’avant Première, cette année vous pouviez toujours vous brosser. Haha oui Kaze proposait le coffret Haruhi ! Super il sort 4 jours plus tard ! Je ne me sens pas comme un privilégié là, c’est bizarre.
En plus de ça, ne comptez pas sur des promos ou des offres intéressantes : le tarif est le même que dans n’importe quelle crémerie. Pire encore certains éditeurs arrivaient à vendre leurs propres produits plus chers que le stand juste en face. Je sens comme une sorte de grosse bouffonnerie. »
D’autant que comme le souligne Perfectman, malgrès l’abscence de nouveauté il n’y a aucun signe d’ouverture vers les « noobs ».
Perf : « On pourra dire ce que l’on veut, mais bien que Japan Expo se tarde d’être une conversation ouverte, c’est encore un peu trop élitiste pour les noobs de mon genre… »
Par contre de l’ouverture, Japan Expo en propose. Mais cela tourne vite mal.
Shakka : « Vous cherchez une djellaba ? Une nouvelle paire de bottes ou manger une bonne gaufre du terroir ? Allez donc à Japan Expo ! Car oui ! La Japan Expo c’est un peu la nouvelle foire de Paris ! Mais le fait est que ça en devient problématique et à force de ne pas créer une frontière nette de ce qu’est ce festival, on trouve de tout et de n’importe quoi. Un peu comme si vous alliez à une exposition de vidéastes expérimentales et que dans le même lieu, on vous diffusait les meilleures séquences d’action de Bruce Willis. Il y a une sorte de grand n’importe qui, si c’était amusant au début (catcheuses Japonaises, dessinateurs de BD francophones), ça commence à bordelier un peu le salon (parties de jeux de carte façon Magic et WoW, vente d’accessoires gothiques ou de fusils à billes).
D’autant plus, qu’au lieu de se vulgariser, la population est encore plus sectaire qu’avant, sauf qu’il y a désormais plusieurs clans : les Otakus, les Cosplayers, les Loligoths ou encore les Free Huggers (je veux tuer celui qui a inventé cette connerie). Choisis ton camp camarade ! »
Oui...
Nemo : « Il faut tuer les free Huggers »
Autre grief imputable cette fois à l’organisation du festival, une conférence Sadamoto qui n’en est pas une !
Nemo : « Las ! On pensait avoir vu quelque chose de très décevant lors de la conférence de Murata Range à l’Epitanime où l’animateur a sans préavis et dès le début de la conférence demandé à ce qu’on pose des questions ! Eh bien la Japan fait de même ! Eh les gars, il faudrait imprimer qu’une conférence on y va pour écouter quelqu’un parler de son travail (et puis merde, c’était Sadamoto quand même, LE chara design de la Gainax), les questions/réponses n’intervenant qu’en « bonus » si j’ose dire ! »
Shakka : « C’est juste honteux pour l’invité. A la base les Q/R sont les choses de fin de conférence, pas la conférence en soi. Aucun sujet, aucun développement dans son travail…. Alors oui les questions n’étaient pas mauvaises, mais elles ne remplacent pas une vraie conférence préparée. »
Heureusement le Sushi Quizz, hélas programmé le dimanche à 16h, a semblé relever le niveau.
Perf : « Heureusement, dans tous ces délires inaccessibles à ma personne, il y a le Sushi Quizz. C’est quoi qu’est-ce, un mix entre la cuisine des samouraïs et Question pour un champion ? Non, juste un hommage au Burger Quizz d’Alain Chabat, présenté par les fous d’Une Case En Moins. On prend deux équipes de guests, qui se coltinent un heureux candidat chacune et qui s’affrontent sur des quizz dont l’absurdité ne se dément pas.
Une case en moins, c’est l’assurance de sourire au moins une fois en assistant à tout ce qu’ils font, et ce quizz fut riche en excitation zygomatique.
Morceau choisi : Pour choisir leur équipe, Davy Mourier, petit animateur mais grande gueule du Sushi Quizz, demande au candidat de choisir entre Grégory Lemarchal et Michael Jordan. On ouvre Emule et la course de barres de téléchargement peut alors commencer… Vous vous imaginez sans doute la suite.
Sans vous refaire le quizz en entier (une vidéo sera disponible dans quelques temps sur le net pour les plus patients), on a eu droit à des extraits vidéo loufoques et très pipi caca, des épisodes de la saison 2 de Nerdz, un Monsieur Poulpe transformé en mannequin vivant, une démonstration du jeu d’acteur de la superstar Lionel Argaud, le retour de l’animateur pervers et atteint du syndrome de Tourette, le bien nommé Tatayet, ou encore une superbe interprétation de Didier Richard sur We Will Rock You de Queen… en version « tupuducuisée » bien sûr (même le public a chanté) !
Bref un quizz dans les règles de l’art comme ceux auxquels la bande de joyeux drilles nous avait habitués jusqu’alors. »
Au moment de tirer une conclusion, il faut se rendre à l’évidence. Cette édition de JE nous a fait comprendre à tous les 3 que ce salon, cette foire selon l’expression du Rue 89 , n’est pas pour nous.
Nemo :
« Au final cet Japan Expo m’a ouvert les yeux ! Cet événement n’est pas pour moi ! Non pas à cause de mon asociabilité chronique ou ma peur de la foule (voir les fans de Pokémon et de nolife s’amasser en troupe autour de leurs idoles me fait vraiment ressentir des frissons) mais parce que je n’aime pas les mangas, les animes et les jeux vidéos comme ça. Ici on n’intellectualise pas, on ne pense pas Monsieur on consomme et on free huge ! En fait Japan Expo ridiculise ce qu’elle est censée encenser. A force de bordel, d’ouverture mal assumée, de commerce intempestif et de refus d’innover, elle est devenue laide et dégoutante. Un peu comme l’héroïne du Château Ambulant, on cherche qui aura le sort pour lui redonner sa jeunesse. Un mot quand même au sujet des stands amateurs ! Il serait vraiment bien qu’ils aient leur propre convention et ne soient pas les dindons de cette farce ! Aucun de nous 3 ne connaissions les stands amateurs à part haruhi.fr et nous n’avons rien appris ! Ces personnes méritent mieux. En tout cas mon verdict est clair, JE je n’y remettrais pas les pieds avant longtemps. »
Shakka (Definitly not Otaku) :
« J’ai été Otaku pendant fort longtemps. J’ai quitté ce milieu sans regret, car si je suis passionné de Japanime et de Manga, je n’ai jamais aimé l’idéologie pourrie des gens (masqué par l’univers coloré de leur passion) et le Sectarisme minable dont ils font preuve. C’est pour ça que j’avais cessé de foutre les pieds dans des conventions, d’autant que l’attrait fortement commercial ne me plaisait pas.
L’an dernier j’ai été impressionné et c’est surement dû au fait que je ne m’étais pas replongé dans le bain, j’avais l’impression que ça avait changée. Cette année le bilan est clair : ça n’a pas changé, rien n’a changé et je ne veux franchement pas redevenir Otaku. Pour faire une métaphore ridicule disons que la Japan Expo était un oisillon qui a grandi peu à peu et qui devait devenir un grand Aigle majestueux. Au final c’est juste une grosse dinde.
Le salon a grossi de plus en plus, mais l’amateurisme règne encore, les activités sont toujours celles d’une petite convention pour 3000 personnes et l’absence d’ouverture à un public plus large persiste. Pourtant le manga n’est plus le hobby d’une petite bande de passionnés renié par une France Conservatrice. Maintenant le Manga est ancré dans notre Culture, nous sommes le second Pays le plus friand de BD Japonaise et de Japanime. Les plus grands auteurs sont reconnus par le grand public. Alors il serait temps de changer un peu, de définir vraiment une convention comme la Japan Expo et de faire mûrir tout ça. Parce-que le cosplay c’est rigolo mais je paye pas 12 Euros pour ça et pour qu’on m’autorise à consommer. J’ai vielli ! Je veux entendre des auteurs parler de leur approche et de leur style, je veux voir des expositions d’esquisses originales (et pas trois planches sur un mur), je veux voir des projections en Avant-première de série ou de Films (Et pas une rediff’ d’Haruhi), je veux des analyses des œuvres, je veux qu’on m’annonce des scoops (comme tel éditeur qui aurait obtenu les droits de telle œuvre)….
Et je pense que tout ça n’est pas incompatible avec des trucs plus légers tels que le cosplay ou le Sushi-Quizz. Mais au lieu de ça… ils nous vendent des Djellaba. Pas étonnant que mon stand favori fût celui du Shonen Jump : c’était le seul qui n’avait rien à vendre.
Bon certes on était trois donc on s’est bien marré et j’ai quand même fait quelques achats que je voulais faire. Donc je ne me suis pas non plus totalement emmerdé dans le fond. Mais sur la forme j’ai trouvé la Japan Expo assez pathétique. Figée dans le temps, sortant du sujet et cherchant à copier le comicket Japonais, alors que le public et la Culture n’est absolument pas la même. Les Otakus Japonais sont simplement des consommateurs de goodies ? Grand bien leurs fasse ! Pas nous ! J’ai amplement préféré l’Epitanime, qui si elle était dans le même genre, proposait plus d’activité et était également toute petite, comparée au monstre J.E. Du coup on pardonne bien plus facilement face à un Bulldozer étant censé être le nec plus ultra.
Mon avis peut paraître exagéré. Mais j’aime les Manga et la Japanime et je crève d’envie que ça s’ouvre à un public plus large. Je veux qu’on se rende compte que c’est un media Culturelle qui possède ses chefs-d’œuvre comme le Cinéma, la Littérature ou la musique (et ses merdes également hein) et qu’on ne limite pas ça à un loisir. J’aimerai voir des gens de tout âge et de toute classe sociale lire du manga (car il y en a franchement pour tous). J’en ai marre que ça ai l’air de s’adresser à une bande d’experts (les Otakus) qui ont encore trop d’influence sur la publication en France. Et même si il y a eu du net progrès, nous sommes encore loin de la véritable reconnaissance. Bref… je vais arrêter la car je m’égare. Sachez juste que la Japan Expo représente tout ce que je n’aime pas dans cette passion. Du coup moi l’an prochain… je passe mon tour !
Rendez vous dans 4 ans ! »

