
Tarsem Singh, jeune réalisateur avant tout connu pour ses publicités (Nike, Pepsi, Levi’s), propose enfin un film propre à contenir sa démesure. Car c’est bien de cela qu’il est question dans The Fall. Dans un hopital des années 20, Roy, un cascadeur paralysé à cause d’une chute, va sympathise avec une petite fille du nom d’Alexandria, en lui racontant une histoire qu’il invente au fur et à mesure. Mais à force d’avancer, l’histoire se mélange avec la réalité. Le but caché de Roy étant de convaincre la fillette de lui apporter les médicaments dont il a besoin pour se suicider.
Nous avons donc à priori le schéma classique du récit dans le récit, avec les histoires qui finissent par s’entrelacer à mesure que le film avance. Mais Tarsem change quelques peu les règles en adoptant un double point de vue assez particulier. Tout d’abord, ce que nous voyons est ce que la petite fille imagine. Il s’agit donc d’images qu’elle a réussi à créer par rapport à ses uniques connaissances. Ce qui donne un côté baroque et à la fois décalé tout à fait délicieux : l’armée d’Alexandre est accoutré comme sorti d’un mauvais péplum ou encore cet Indien d’Amérique qu’elle interprète comme venant d’Inde, ne sachant pas à quoi ressemble un peau-rouge. Visuellement donc, le film peut se permettre à peu près tout, avec des personnages fantasques et atypiques. D’autant que tous les protagonistes sont en fait des gens qu’elle croise durant son séjour à l’hôpital. Le spectateur a donc une curiosité particulière et tente de trouver de qui elle s’est inspirée pour imager les personnages.

Le deuxième point avec lequel Tarsem ne cesse de jouer est sur la cohérence de l’histoire raconté par Roy. Car celui-ci nvente au fur et à mesure les événements, de ce fait, il se permet des digressions, des changements de dernière minute ou même des incohérences et se doit de combler certains oublis que ne manquera pas de lui faire remarquer son auditrice (comme ce bâton de dynamite qu’il oublie d’éteindre). Le conte n’en est alors que plus ludique. Car tout en s’avérant n’être qu’une histoire improvisé de gentils se liguant contre un méchant, on ne sait jamais quel sera la suite ni le ton que prendra la trame vu qu’elle reflète l’état d’esprit de son narrateur. Parfois drôle, parfois tragique, grâce à ce point de vue particulier, le film peut prendre la tournure qu’il désire.
Mais il n’y a pas que le conte dans ce film, il y a aussi la relation entre Roy et Alexandria que l’on peut facilment qualifier de la plus grande réussite de The Fall. Les deux personnages offrent une prestation brillante et attachante qui est la base de tout le métrage. Le contraste entre la vie à l’hôpital et le conte aurait pu s’avérer délicat, mais ce couple incongru à l’écran fait des merveilles et permet de naviguer de l’un à l’autre, créant un drôle d’équilibre fragile et pourtant parfait. Le final ou les deux univers finissent par totalement se mélanger est d’ailleurs à cet égard magnifique.

Le tout mis en image par un Tarsem toujours aussi sublime, mais qui a enfin une histoire à offrir en parfaite harmonie avec son sens du visuel. Lui qui avait réalisé le très beau mais très chiant « The Cell », car totalement désincarné, on hésitait à savoir si c’était un génie qui avait filmé la mauvaise histoire ou un simple fumiste. Mais cette fois c’est parfait. En effet, quoi de mieux que de raconter un conte pour se permettre un esthétique presque outrancière avec de longues séquences contemplative ? Se vantant d’avoir filmé uniquement en décor naturel, sans aucun lieu en image de synthèse, The Fall est visuellement très impressionnant confirmant ainsi que la réalité dépasse la fiction. Ce qui n’empêchera pas au réalisateur de savoir être sobre et se faire plus discret et intimiste lorsqu’il le faut. Ajoutez à cela une scène d’ouverture ultra-stylisée renvoyant directement au Cinéma muet et vous avez l’un des plus beaux films de ces dernières années.

Par son aspect contemplatif et son côté « trip poétique », The Fall ne plaira sans doute pas à tout le monde. D’ailleurs, comme le disait bien son réalisateur en riant : « Soit vous serez en extase, soit vous allez piquer du nez », ce qui sont effectivement les deux avis les plus courant sur le film. Qui a dit que les réalisateurs n’avaient pas de recul sur leur travail ?
Fable magnifique, humaniste et véritable appel au rêve, The Fall est un de ces chefs-d’œuvre qui sera malheureusement vite oublié, mais dont la vision ne peut guère laisser indifférent. Je vous conseille donc grandement l’expérience.

NB : Le film est prévu en France… un jour. Pour ma part je me suis contenté du Zone 1 Américain, avec ses sous-titres Français. Si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à faire de même, d’autant que même si il sort en salle, ce sera probablement en circuit réduit. Alors que frais de port inclus, j’en ai eu pour 20 euros. Faut juste pas être allergique aux sous-titres jaune.